[Sondage] Les Français et le libéralisme : une relation ambivalente

Cette note de synthèse présente les enseignements principaux d’un sondage réalisé auprès de 2000 Français, représentatifs de la population française (méthode des quotas) portant sur leur rapport au libéralisme dans ses dimensions culturelle, économique, politique et sociale. Il a été réalisé en mai 2025 avec OpinionWay, pour Les Panthères Roses.

Les résultats de ce sondage révèlent un modèle français singulier assez ambivalent. Se rapprochant d’un libéralisme social, articulant droits individuels, sécurité économique et attachement à l’État de droit. Les Français souhaitent ainsi un État présent mais contenu, protecteur et émancipateur. 

Sur le plan des valeurs culturelles, les Français expriment un conservatisme modéré avec un attachement au status quo en matière de mœurs (cannabis, prostitution), tout en restant profondément attachés aux libertés individuelles. Ils soutiennent la diversité culturelle, perçue comme un enrichissement, à condition qu’elle s’inscrive dans un cadre commun de valeurs. Leur individualisme est avant tout juridique : la primauté des droits individuels constitue un pilier central.

Sur le plan économique, le rapport à l’État est ambivalent : les Français veulent un acteur régulateur, capable de protéger les entreprises et d’amortir les crises, mais refusent les dispositifs perçus comme technocratiques ou trop directifs. Ils rejettent la planification écologique, défendent fermement la propriété privée et critiquent certains statuts privilégiés. Ils attendent de l’État qu’il stabilise et qu’il régule l’économie, non qu’il la contrôle.

Sur le plan politique, l’attachement à l’État de droit est massif. Les Français souhaitent la dispersion et la décentralisation du pouvoir, la limitation de l’intervention étatique dans les médias et le respect des normes internationales. S’ils veulent un État capable d’agir face aux risques, ils refusent qu’il restreigne les libertés fondamentales, même en cas de menace terroriste. La légitimité politique est ainsi évaluée à l’aune du respect des droits autant que de l’efficacité de l’action publique.

Sur le plan social, la demande de protection est forte et structurante et n’adhèrent pas aux principes libéraux de responsabilité individuelle. Les Français soutiennent la lutte contre la pauvreté par une action résolue de l’Etat. Pour eux, la sécurité sociale constitue non pas une limitation, mais une condition d’émancipation : un socle permettant à chacun de faire réellement usage de sa liberté.

Le modèle français qui se dégage de ce sondage est celui d’un libéralisme républicain et social, qui refuse à la fois le libéralisme économique classique, l’étatisme centralisé et le conservatisme autoritaire. Les Français ne sont pas hostiles par principe au libéralisme : plus de la moitié se qualifient de “libéraux”. Leur définition du libéralisme auquel ils adhèrent ne correspond pas à celle du libéralisme classique où l’Etat jouerait un rôle résiduel.

Les Français aspirent à une société où l’État garantit les conditions de l’autonomie individuelle tout en respectant strictement le cadre juridique.

I – Valeurs culturelles : les Français entre individualisme et paternalisme

Synthèse interprétative

Les préférences des Français dessinent un paysage moral et politique profondément nuancé, où se côtoient prudence envers les mœurs déviantes de la norme dominante et attachement aux libertés individuelles.

Leur opposition majoritaire à l’usage du cannabis ou à la légalisation de la prostitution, tout comme leur nette approbation de l’interdiction de fumer dans les bars et discothèques, traduisent un certain conservatisme social ou en tout cas une volonté de maintenir le statu quo en la matière. Cette retenue face aux comportements jugés déviants montre que, pour beaucoup, la société conserve un droit de regard sur les conduites individuelles, surtout lorsqu’elles semblent menacer l’ordre moral ou la santé collective. Cette idée se retrouve dans l’importance accordée à la morale publique : près d’un Français sur deux estime que les responsables politiques doivent incarner et défendre les valeurs communes, confirmant que la sphère publique demeure un espace normatif. Cette position s’éloigne de celle des libéraux consistant à séparer le droit de la morale.

Pourtant, ce conservatisme moral coexiste avec un attachement affirmé à l’individualisme juridique. La moitié des Français considèrent que les droits individuels doivent primer sur les droits collectifs. Cette tension entre liberté individuelle et ordre moral n’est pas nouvelle, elle traverse l’histoire politique française, héritière de l’universalisme républicain. Elle explique pourquoi les Français peuvent à la fois défendre les normes publiques tout en revendiquant la primauté des droits individuels.

Cette ambivalence apparaît aussi dans leur rapport à la diversité culturelle. Alors qu’ils se montrent stricts à l’égard de certaines pratiques individuelles, ils voient dans le multiculturalisme un enrichissement pour la société, signe que le registre moral ne se confond pas avec le rejet de l’altérité alors même qu’ils sont majoritairement à penser qu’il faut être fier d’être français. La pluralité des cultures est perçue comme un atout, à condition qu’elle s’inscrive dans un cadre commun de valeurs.

Sur le terrain des politiques culturelles, les Français adoptent une position intermédiaire, oscillant entre interventionnisme et liberté de choix. Ils souhaitent un financement public de la culture, perçue comme un bien collectif nécessitant un soutien institutionnel, mais restent attachés à la liberté scolaire, espace où la responsabilité individuelle retrouve ses droits. Enfin, leur conception de l’entreprise confirme une certaine préférence pour des orientations collectives : le profit n’est, pour une large majorité, ni une fin ultime ni une justification suffisante. Ils lui préfèrent l’emploi ou la protection de l’environnement, marquant une volonté de soumettre la sphère économique à des objectifs sociaux plus larges.

Ainsi, les Français ne se rangent ni du côté d’un individualisme absolu ni d’un conservatisme rigide. Leur univers de valeurs apparaît comme un compromis entre autonomie personnelle, conservatisme morale et quête de cohésion.


Résultats

Les Français sont en moyenne opposés à la légalisation du cannabis (50 %). On observe en particulier une forte proportion de personnes radicalement favorables (25 %) à l’application de sanctions à son encontre.

On retrouve des résultats similaires concernant l’interdiction de fumer dans les établissements tels que les bars et les discothèques (68 %), avec une forte proportion d’individus radicalement favorables à cette interdiction (36 %).

S’agissant des mœurs, comme pour le cannabis, les Français se montrent peu libéraux en matière de prostitution : seuls 26 % sont favorables à sa légalisation.

Les résultats sont un peu moins tranchés quant à la taxation des comportements à risque, même si les Français se montrent davantage favorables à la mise en place d’une telle taxe (52 %).

Ce conservatisme est confirmé par la distinction entre morale publique et morale privée, puisque 47 % des Français considèrent que les responsables politiques doivent défendre les valeurs morales partagées par les membres de la société.

Pour autant, les Français demeurent attachés à l’individualisme juridique et opposés à une politique identitaire : 50 % estiment que les droits individuels priment sur les droits collectifs, et 22 % pensent même qu’il ne devrait pas y avoir de droits collectifs du tout.

Les Français se montrent également libéraux en matière de multiculturalisme : 48 % d’entre eux considèrent que la diversité des cultures est un atout. Pour autant ceci ne doit pas se faire aux dépens d’une certaine fierté nationale (71% des répondants sont fiers de l’appartenance à la nation française).

En matière de politiques culturelles, les Français se montrent plutôt interventionnistes, puisqu’ils sont 46 % à penser que la culture doit être financée par l’argent public. En revanche, ils sont davantage favorables à la liberté de choix des établissements scolaires (64 %).

Enfin, si seulement 15% des Français estiment que l’objectif principal d’une entreprise ne devrait pas être le profit , en revanche 66% d’entre eux pense que ce devrait être l’emploi ou la protection de l’environnement. Ici encore, ils se montrent peu libéraux puisque les intérêts privés doivent passer au second plan par rapport aux objectifs collectifs.


II – Economie : les Français entre filet de sécurité et liberté.

Synthèse interprétative

Les attitudes économiques et politiques des Français révèlent une tension structurante entre deux pôles : la nécessité d’un État protecteur et la crainte des effets négatifs de l’intervention publique. D’un côté, les Français se montrent plutôt interventionnistes dès lors qu’il s’agit de préserver la stabilité économique ou de protéger le tissu productif. Il existe une demande forte de régulation et de sécurité collective. L’État est perçu comme un acteur indispensable, non pour diriger, mais pour amortir les chocs, réduire les incertitudes et maintenir la cohésion sociale.

En même temps les résultats suggèrent une méfiance envers les dispositifs perçus comme technocratiques, contraignants ou susceptibles de réduire les libertés individuelles. Cette réserve s’inscrit dans un paysage plus large où la propriété privée est très largement plébiscitée et où le statut de fonctionnaire est majoritairement contesté. Les Français semblent ainsi rejeter les formes institutionnelles technocratiques jugées inégalitaires ou inefficaces, tout en défendant avec vigueur les droits qui garantissent l’autonomie personnelle.

Ce tableau compose une logique cohérente : les Français veulent un État fort mais non intrusif, protecteur mais pas planificateur, garant de la stabilité mais respectueux des libertés. Ils refusent les privilèges de statut, mais valorisent la propriété comme espace d’indépendance. Leur vision politique, loin d’être contradictoire, reflète un compromis entre sécurité collective et autonomie individuelle, deux aspirations profondes qui structurent durablement le rapport des Français à l’action publique.


Résultats

Les Français sont aussi nombreux à être favorables (41 %) que défavorables (39 %) aux dépenses publiques. Il existe donc un arbitrage clair entre la perception des effets négatifs de la taxation et celle des effets positifs des politiques publiques. Cette tension, liée notamment au pouvoir d’achat, se retrouve dans les questions de la taxation des transactions financières ou du libre-échange, où la position des Français demeure indécise.

Cet équilibre relatif ne doit toutefois pas masquer le fait que les Français sont plutôt interventionnistes. Ils se montrent largement favorables (56 %) à l’intervention de l’État pour secourir les grandes entreprises en cas de crises majeures. Ils soutiennent également, à 65 %, l’intervention de l’État dans la sphère économique.

À l’inverse, les Français semblent opposés à la planification écologique (63 %). Ils sont aussi très attachés à la propriété privée (84 %) et majoritairement défavorables au statut de fonctionnaire (50 %). Autrement dit, les Français rejettent les inégalités de statuts, tout en restant très attachés aux droits qui garantissent l’autonomie individuelle.


III – Politique : les Français attachés à l’Etat de droit

Synthèse interprétative

Les attitudes des Français à l’égard du pouvoir politique dessinent un rapport complexe, fait à la fois de demande d’intervention et de vigilance face aux dérives potentielles de l’autorité. S’ils souhaitent un État présent, protecteur et capable d’agir au-delà de ses prérogatives régaliennes, ils demeurent profondément attachés aux principes de l’État de droit et à la limitation du pouvoir. Leur soutien massif à la dispersion et à la décentralisation des pouvoirs, ainsi qu’au respect des normes internationales, traduit cette volonté de contenir l’État par des contre-pouvoirs institutionnels, juridiques et territoriaux.

Cette exigence de contrôle s’étend au domaine de l’information : la méfiance envers une intervention trop forte de l’État dans les médias révèle une sensibilité aiguë au risque de capture politique ou de manipulation de l’opinion. Pourtant, cette défiance n’exclut pas l’attente d’un État protecteur. Les Français souhaitent qu’il fixe des normes, encadre les risques, sécurise les conditions de vie et intervienne lorsque l’économie ou la société semblent menacées. Mais cette intervention ne doit jamais se faire au détriment des libertés fondamentales. Le rejet des restrictions de libertés en cas d’attentat ou du recours à la torture montre que la sécurité, pour les Français, ne saurait justifier la suspension des principes démocratiques.

Ainsi se dessine une conception exigeante du rôle de l’État : un État fort mais contrôlé, protecteur mais non autoritaire, garant de la sécurité mais respectueux des droits. Un État dont la légitimité ne se mesure pas seulement à sa capacité d’agir, mais à sa capacité d’agir dans les limites strictes fixées par le respect des libertés individuelles et de l’Etat de droit.


Résultats

Même si les Français sont plutôt interventionnistes, ils se montrent méfiants à l’égard du pouvoir de l’État. L’État de droit apparaît ainsi comme une valeur cardinale. Les Français se déclarent favorables à la dispersion des pouvoirs (81 %) ainsi qu’à leur décentralisation (72 %). De même, 62 % estiment que les États ne peuvent faire abstraction des lois internationales.

Cette importance accordée aux contre-pouvoirs se retrouve dans leur approche des médias : 68 % considèrent que l’intervention de l’État dans le fonctionnement et le financement des médias devrait être limitée.

À l’inverse, l’État semble devoir jouer un rôle sécurisant. Les Français sont 56 % à être favorables à la mise en place de normes protectrices, et 44 % pensent que l’État doit intervenir au-delà des domaines régaliens (police, justice, défense). La sécurité doit donc, selon eux, s’étendre aux dimensions économiques et sociales, sans pour autant porter atteinte à l’État de droit ou aux libertés individuelles. C’est ce que suggère le rejet des restrictions de libertés en cas d’attentat terroriste (50 %) ou du recours à la torture (51 %).


IV – Social : la protection de l’Etat comme principe d’émancipation

Synthèse interprétative

Les attitudes des Français face à la pauvreté et aux mécanismes de redistribution dessinent un paysage cohérent, structuré par une demande forte de protection sociale et par une sensibilité marquée aux questions sociales. Une large majorité considère que l’État doit jouer un rôle déterminant dans la lutte contre la pauvreté. Cette sensibilité sociale se traduit par un soutien majoritaire à des mesures perçues comme protectrices : régulation des prix, encadrement des loyers, hausse du SMIC. Même si ces instruments peuvent être critiqués pour leurs effets pervers, ils incarnent, aux yeux des Français, une manière concrète de sécuriser les conditions de vie.

Cette logique se retrouve également dans leur vision de la fiscalité : l’impôt sur le revenu doit être fortement progressif et les ménages les plus pauvres doivent en être exemptés. L’idée d’une contribution proportionnelle aux capacités de chacun demeure ainsi un principe central du contrat social. Enfin, le rejet d’un modèle de retraite fondé principalement sur l’épargne individuelle au profit d’un système par répartition plus sûr reflète la même demande de solidarité institutionnalisée et de mutualisation des risques.

Pris ensemble, ces résultats témoignent d’une préférence nette pour un modèle social protecteur, où l’État joue un rôle stabilisateur et sécurisant, dans l’optique d’une émancipation des individus face aux risques. Au regard des résultats observés dans les autres dimensions, et notamment l’attachement à certaines valeurs individualistes, ceci montre que les Français expriment moins une volonté de transformation radicale de l’économie que de garanties collectives. L’action sociale de l’Etat peut ainsi être vue comme une condition de libération des individus face aux incertitudes de la vie.

Résultats

Les Français sont averses à la pauvreté. Ils sont ainsi 62 % à penser que l’État doit jouer un rôle moteur dans la lutte contre celle-ci. Néanmoins , ils sont presque autant à considérer que les inégalités de revenus sont justifiées (39%) par les différents choix individuels qu’injustifiées (42%) dues à la faible mobilité sociale sans que cet écart soit significatif. Les inégalités de revenus sont autant perçues comme non justifiées (42 %) que comme justifiées (39 %), l’écart n’étant pas ici significatif.

Ainsi, les actions perçues comme permettant de réduire la pauvreté sont vues positivement, même lorsque ces actions peuvent, en théorie, être coûteuses, inefficaces ou même contre-productives. Les Français sont notamment favorables à la fixation des prix des biens de première nécessité (57 %), au contrôle des loyers (60 %) et à l’augmentation du SMIC (60 %).

On retrouve cette logique dans leur approche de la taxation des revenus où ils sont favorables au statu quo. Les Français se déclarent favorables à la progressivité de l’impôt sur le revenu (80 %) ainsi qu’à l’exemption de cet impôt pour les plus pauvres (56 %).

De même, l’épargne volontaire par capitalisation ne doit pas, selon eux, être la première source de financement des retraites (52 %). Notons toutefois que les Français ne rejettent pas ce mode de financement : ils estiment simplement que le caractère sécurisant de la retraite par répartition doit en constituer la source principale. On peut interpréter cela comme une demande de mise en place d’un modèle hybride dépendant à la fois de la solidarité nationale et de l’épargne privée.


Le libéralisme selon les groupes démographiques

Synthèse interprétative

Pris dans leur ensemble, ces résultats suggèrent que les attitudes à l’égard du libéralisme ne se structurent pas uniquement autour des clivages politiques traditionnels, mais reflètent également des logiques sociologiques plus profondes. Les questions retenues, choisies pour leur caractère structurant, font apparaître un paradoxe apparent : les groupes les plus jeunes et les plus diplômés se montrent en moyenne moins libéraux sur les dimensions économiques et institutionnelles, alors même qu’ils disposent des ressources culturelles et informationnelles les plus élevées. Cette moindre adhésion au libéralisme semble moins relever d’un conservatisme moral — les positions sur les mœurs restant relativement ouvertes pour les plus diplômés — que d’une réticence plus marquée à l’égard des mécanismes de marché et de leurs effets redistributifs. Ces groupes démographiques apparaissent ainsi plus enclins à privilégier des formes de régulation publique, de planification ou de protection statutaire, traduisant une lecture critique du fonctionnement du marché perçu comme générateur d’inégalités, d’instabilité ou de pertes de contrôle collectif. L’intervention de l’État y est pensée non comme une contrainte à la liberté individuelle, mais comme une condition de la justice sociale et de la soutenabilité politique à long terme. À l’inverse, les groupes moins diplômés ou plus agés, tout en exprimant une forte demande de protection sociale, apparaissent parfois plus disposés à accepter des principes libéraux sur le plan économique, non par adhésion doctrinale, mais par méfiance envers les dispositifs institutionnels jugés complexes, technocratiques ou éloignés de leurs contraintes concrètes. Ces résultats invitent ainsi à distinguer un libéralisme de principe, davantage revendiqué par les groupes populaires, d’un illibéralisme régulateur, plus présent parmi les groupes dotés d’un capital culturel élevé.

Résultats

Le libéralisme autodéclaré varie sensiblement selon les groupes démographiques et politiques, faisant apparaître des lignes de fracture nettes. Le clivage le plus marqué est d’ordre politique : les électeurs d’Emmanuel Macron, de Valérie Pécresse, d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen se déclarent très majoritairement libéraux, tandis que ceux de Jean-Luc Mélenchon, de Fabien Roussel et de Yannick Jadot s’en distinguent fortement par un rejet ou une distance marquée à l’égard de cette étiquette. Sur le plan générationnel, les jeunes adultes (18-34 ans) se montrent nettement plus enclins à se dire libéraux que les classes d’âge intermédiaires, suggérant une appropriation plus positive et moins idéologisée du terme, avant une légère remontée chez les plus de 65 ans. Les différences de niveau de diplôme révèlent un résultat contre-intuitif : le libéralisme autodéclaré n’est pas maximal chez les diplômés du supérieur long, mais apparaît élevé aussi bien parmi les diplômés intermédiaires que parmi les moins diplômés, indiquant que cette auto-identification ne constitue pas un marqueur d’élite culturelle. Enfin, les écarts de genre restent limités, confirmant que le rapport au libéralisme relève davantage de clivages politiques et générationnels que de déterminants sociodémographiques classiques.

Les attitudes à l’égard de la libéralisation du travail du sexe font apparaître des clivages particulièrement nets, tant sur le plan religieux que politique et générationnel. Le facteur le plus discriminant est religieux : les personnes sans religion et celles se déclarant d’« autre religion » affichent les niveaux d’adhésion les plus élevés, tandis que les répondants musulmans et, dans une moindre mesure, protestants se distinguent par une opposition marquée, traduisant le poids des normes morales et religieuses dans l’appréciation de cette question. Le clivage politique est également très structurant : les électeurs de Yannick Jadot, d’Anne Hidalgo et de Fabien Roussel se montrent les plus favorables à la libéralisation, à l’inverse des électeurs de Valérie Pécresse et d’Emmanuel Macron, plus réservés, tandis que les électorats de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon occupent des positions intermédiaires. Les différences générationnelles sont tout aussi saillantes : les plus jeunes (18-34 ans) apparaissent nettement moins favorables que les classes d’âge plus élevées, avec un soutien maximal observé chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, suggérant un rapport moins permissif des jeunes générations sur ce sujet précis. Enfin, un écart de genre marqué se dessine, les hommes se déclarant sensiblement plus favorables que les femmes, confirmant que le rapport à la prostitution demeure fortement différencié selon le sexe et les systèmes de normes sociales.

Les attitudes à l’égard de la planification écologique révèlent des clivages particulièrement structurants, d’abord politiques puis générationnels et sociaux. Le clivage politique est le plus net : les électeurs de Yannick Jadot et d’Anne Hidalgo se distinguent très fortement par un rejet massif de la planification, à l’inverse des électorats d’Éric Zemmour, de Jean Lassalle et, dans une moindre mesure, de Valérie Pécresse, qui apparaissent les plus opposés à toute forme de planification étatique de l’économie écologique. Les électeurs d’Emmanuel Macron, de Jean-Luc Mélenchon et de Fabien Roussel occupent des positions intermédiaires, traduisant une ambivalence entre objectifs environnementaux et méfiance envers un pilotage centralisé. Les différences générationnelles sont également marquées : les plus jeunes (18-24 ans) se montrent nettement moins hostiles à la planification que les classes d’âge plus élevées, le rejet culminant chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, ce qui suggère une sensibilité accrue des générations plus âgées aux contraintes économiques et à la limitation des libertés productives. Les écarts de niveau de diplôme dessinent enfin un gradient social clair : les diplômés intermédiaires et les moins diplômés apparaissent plus réticents à la planification que les titulaires de diplômes du supérieur long, indiquant que la défiance envers l’intervention écologique de l’État s’enracine davantage dans les groupes socialement exposés aux coûts économiques potentiels de ces politiques. Les différences de genre, bien que présentes, demeurent secondaires au regard de ces clivages politiques et générationnels.

L’adhésion au principe de séparation des pouvoirs est élevée dans l’ensemble de la population, mais elle varie sensiblement selon les appartenances politiques, générationnelles et sociales. Le clivage politique est particulièrement marqué : les électeurs de Fabien Roussel, de Jean-Luc Mélenchon, d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot figurent parmi les plus attachés à la séparation des pouvoirs, tandis que les électeurs d’Emmanuel Macron et, dans une moindre mesure, de Valérie Pécresse et de Marine Le Pen expriment une adhésion plus modérée, suggérant une plus grande tolérance à la concentration du pouvoir exécutif. Les différences générationnelles sont nettes : l’attachement à la séparation des pouvoirs augmente avec l’âge, culminant chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, alors que les plus jeunes se montrent sensiblement moins exigeants sur ce principe institutionnel. Les écarts de niveau de diplôme dessinent également un gradient social marqué : les moins diplômés, en particulier les titulaires du certificat d’études primaires ou du brevet, affichent des niveaux d’adhésion très élevés, tandis que les diplômés du supérieur long apparaissent plus réservés, traduisant une confiance relativement plus grande dans la capacité de l’État à concentrer le pouvoir sans dérive. Enfin, les différences de genre restent limitées et secondaires par rapport à ces clivages politiques et générationnels.

Les attitudes à l’égard de l’intervention de l’État dans les médias font apparaître des clivages politiques et générationnels particulièrement marqués. Le clivage politique est le plus saillant : les électeurs d’Éric Zemmour et de Jean Lassalle se distinguent par une défiance très élevée à l’égard de l’État dans le champ médiatique, tandis que les électeurs d’Emmanuel Macron et de Yannick Jadot se montrent nettement plus favorables à une intervention publique, traduisant des conceptions opposées du rôle régulateur de l’État dans l’information. Les électorats de Valérie Pécresse, de Marine Le Pen, de Fabien Roussel et d’Anne Hidalgo occupent des positions intermédiaires, combinant attachement au pluralisme médiatique et acceptation d’un certain encadrement public. Les différences générationnelles sont nettes : la volonté de limiter l’intervention de l’État dans les médias augmente fortement avec l’âge, culminant chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, tandis que les plus jeunes apparaissent sensiblement plus favorables à une régulation publique de l’information. Les écarts de niveau de diplôme sont plus modérés mais dessinent néanmoins un gradient social, les moins diplômés exprimant une méfiance plus forte envers l’intervention étatique que les diplômés du supérieur. Enfin, les différences de genre restent secondaires par rapport à ces clivages politiques et générationnels.

Les attitudes à l’égard du statut de fonctionnaire révèlent des clivages politiques et générationnels particulièrement marqués, traduisant une remise en cause différenciée des protections statutaires de l’État. Le clivage politique est net : les électeurs d’Éric Zemmour, de Jean Lassalle et de Valérie Pécresse se distinguent par une critique très prononcée du statut de fonctionnaire, tandis que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, de Fabien Roussel et d’Anne Hidalgo y sont nettement plus favorables, confirmant l’opposition classique entre défense du service public et rejet des statuts jugés privilégiés. Les électeurs d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen occupent une position intermédiaire, combinant critique des rigidités et acceptation d’un rôle structurant de l’État. Les différences générationnelles sont très marquées : la contestation du statut augmente fortement avec l’âge, atteignant un maximum chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, tandis que les plus jeunes se montrent nettement moins critiques, suggérant une perception plus protectrice du statut public en début de vie active. Les écarts de niveau de diplôme sont également significatifs : la critique du statut est particulièrement élevée chez les moins diplômés et chez les diplômés des écoles d’ingénieurs ou de commerce, tandis que les diplômés intermédiaires apparaissent plus favorables au maintien du cadre statutaire. Enfin, les différences de genre sont négligeables, indiquant que le rapport au statut de fonctionnaire est avant tout structuré par des clivages politiques, générationnels et sociaux.

Les attitudes à l’égard des dépenses publiques font apparaître des clivages politiques, générationnels et sociaux particulièrement marqués. Le clivage politique est le plus structurant : les électeurs d’Éric Zemmour, de Jean Lassalle, de Valérie Pécresse et de Marine Le Pen se distinguent par une opposition nette à l’augmentation des dépenses publiques, tandis que les électeurs de Yannick Jadot, de Jean-Luc Mélenchon, de Fabien Roussel et d’Anne Hidalgo y sont très largement favorables, confirmant un clivage classique entre approche redistributive et logique de maîtrise budgétaire. Les électeurs d’Emmanuel Macron et les abstentionnistes occupent des positions intermédiaires, traduisant une ambivalence entre soutien à l’action publique et préoccupations de soutenabilité financière. Les différences générationnelles sont marquées : l’opposition aux dépenses publiques augmente avec l’âge, atteignant un maximum chez les 50-64 ans et les 65 ans et plus, tandis que les plus jeunes se montrent nettement plus favorables à un État dépensier. Les écarts de niveau de diplôme dessinent enfin un gradient social clair, les moins diplômés exprimant une opposition plus forte aux dépenses publiques que les diplômés du supérieur.

Les perceptions des inégalités font apparaître des clivages politiques et générationnels très marqués, révélant des conceptions opposées de la justice sociale. Le clivage politique est particulièrement net : les électeurs de Valérie Pécresse, d’Emmanuel Macron et d’Éric Zemmour se distinguent par une acceptation élevée des inégalités de revenus, perçues comme davantage liées aux choix individuels ou au mérite, tandis que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, de Yannick Jadot et, dans une moindre mesure, de Fabien Roussel et d’Anne Hidalgo expriment une vision beaucoup plus critique des inégalités, qu’ils jugent majoritairement injustifiées. Les électeurs de Marine Le Pen et de Jean Lassalle occupent des positions intermédiaires, combinant dénonciation des injustices sociales et acceptation partielle des écarts de revenus. Les différences générationnelles sont également saillantes : les plus jeunes (18-24 ans et 25-34 ans) apparaissent sensiblement plus enclins à considérer les inégalités comme acceptables que les classes d’âge intermédiaires, tandis que les plus de 65 ans adoptent une position plus critique. Les écarts de genre sont nets, les hommes se montrant plus tolérants à l’égard des inégalités que les femmes. Enfin, les différences de niveau de diplôme dessinent un gradient social clair, les diplômés du supérieur long et des écoles d’ingénieurs ou de commerce apparaissant plus enclins à justifier les inégalités que les moins diplômés, traduisant un rapport différencié aux mécanismes de mérite et de redistribution.

Synthèse générale

L’ensemble des résultats observés ici dessine un portrait ambigu du rapport des Français à la liberté, à l’État et aux normes collectives. Ce portrait ne renvoie ni à un libéralisme économique classique, ni à un conservatisme social traditionnel : il évoque plutôt un libéralisme social-républicain, où la liberté individuelle ne vaut que si elle est rendue possible par des institutions fortes mais aux pouvoirs limités par le droit. Sur le plan économique et social, ils sont à la fois pour la concurrence et la propriété privée et un état protecteur en matière sociale.

Sur le plan des valeurs culturelles, les Français se révèlent à la fois prudents et ouverts : conservateurs dans les mœurs, favorables à l’encadrement des comportements jugés dangereux, mais en même temps attachés aux droits individuels, au multiculturalisme et à la diversité culturelle. Leur individualisme est avant tout juridique : il repose sur la primauté de l’individu devant le droit, non sur une revendication d’émancipation comportementale. Ils défendent des libertés encadrées par un socle moral commun, mais ne renoncent pas à la possibilité de faire valoir leurs droits face au collectif.

En matière économique, les Français expriment une tension structurante : ils veulent un État capable de protéger, réguler, amortir les crises, mais ils refusent qu’il devienne intrusif ou planificateur. Ils approuvent son intervention pour stabiliser l’économie, secourir les entreprises et limiter les inégalités, mais rejettent les dispositifs perçus comme technocratiques ou autoritaires, tels que la planification écologique. Leur attachement massif à la propriété privée et leur critique du statut de fonctionnaire montrent qu’ils ne défendent pas une économie administrée ; ils défendent plutôt un système où l’État protège sans confisquer l’autonomie individuelle.

À l’échelle politique, les Français réaffirment leur attachement profond à l’État de droit. Ils veulent des contre-pouvoirs, de la décentralisation, des institutions qui limitent l’État, tout en souhaitant un État suffisamment fort pour fixer des normes, assurer la sécurité et intervenir au-delà de ses missions régaliennes lorsque les circonstances l’exigent. Cette vision mêle méfiance envers le pouvoir et volonté d’action, ce qui correspond à une conception exigeante de la légitimité politique : l’État doit être présent, mais contrôlé ; actif mais borné ; sécurisant, mais jamais au prix des libertés fondamentales.

Enfin, sur le plan social, les Français adoptent une logique de protection émancipatrice. Ils attendent de l’État qu’il lutte contre la pauvreté, qu’il réduise les inégalités, qu’il garantisse un niveau de vie minimal et qu’il organise la solidarité. Pour eux, l’émancipation de l’individu est rendue possible par la protection collective.

Les positions exprimées ne renvoient à un modèle proche du libéralisme social. Un libéralisme attaché aux droits individuels, au pluralisme culturel et à l’État de droit. Un libéralisme méfiant envers les concentrations de pouvoir (État, médias, technocraties, élites économiques). Un libéralisme convaincu que la liberté nécessite sécurité, stabilité et protection, dans l’optique du développement des « capabilités » individuelles. Un libéralisme qui accepte donc un État protecteur et sécurisant comme moyen d’émancipation de l’individu, et donc limité par le respect strict de l’Etat de droit. Autrement dit, l’État ne se substitue pas aux individus, mais crée les conditions de leur autonomie.

En somme, les Français semblent défendre une conception conditionnelle de la liberté : une liberté rendue possible par la sécurité économique et le respect du droit, et qui n’est pleinement légitime qu’à l’intérieur d’un cadre moral partagé. Dans ce cadre, le rôle de l’État est à la fois maintenir la cohésion sociale tout en garantissant les droits individuels.